L'un des titres les
plus bouleversants qu'il nous ait été donné de
voir ces dernières années nous fait l'immense honneur
d'arriver sur Wii dans une version à la maniabilité
entièrement repensée pour s'adapter au mieux aux
spécificités de la console. Vous l'aurez compris,
Prince of Persia : Rival Swords n'a beau être qu'une
adaptation des Deux Royaumes, le troisième volet de la
série, il n'en mérite pas moins sa place sur Wii dans
une version qui donne vraiment envie de s'y replonger à
corps perdu.

Trop souvent adulés et jalousés pour leur
destinée hors du commun, les hommes élevés au
rang de héros mènent pourtant souvent une vie proche
de celle des martyrs. Epuisé par des années d'errance
et de combats acharnés, croyant pouvoir reléguer au
passé sa lutte contre le Dahaka et la malédiction des
sables du temps, le prince de Perse eut l'illusion de croire qu'il
allait enfin connaître la paix. Mais le destin s'acharne sur
les hommes valeureux, et pour la dernière fois, le
héros fatigué reprend les armes pour faire face
à son plus terrible adversaire : lui-même. Le
scénario diabolique de Prince of Persia : Rival Swords est
de ceux qui vous donnent envie d'en faire un roman. Tous les
joueurs qui ont surmonté les épreuves des deux
premiers volets aux côtés du prince savent que l'on ne
peut endurer éternellement de tels supplices sans en payer
le prix. De retour à Babylone en compagnie de Kaileena, la
troublante impératrice du temps, le prince, dont nul ne
connaît le nom, découvre une cité
ravagée par la guerre, un royaume envahi par des adversaires
plus cruels encore que tous ceux auxquels il a eu affaire
jusque-là. Dès lors, tout s'enchaîne
très vite, ne laissant même pas à son âme
le temps de se décomposer sous la dureté du sort qui
s'abat sur lui. Victime d'un complot organisé par un vizir
manipulateur et tyrannique, Kaileena est assassinée sous ses
yeux depuis longtemps taris. Le prince assiste impuissant à
la libération des sables du temps, se laissant même
contaminer par ces derniers qui se mettent à le ronger de
l'intérieur, corrompant son âme pour faire ressortir
le mal qui est en lui et le matérialiser sous la forme d'une
entité sadique : le Dark Prince.

Si cette image ne vous donne pas envie
d'en découdre...
Parmi toutes les nouvelles idées propres à cet
épisode, la notion de Dark Prince est clairement l'une des
plus intéressantes. Le héros que l'on sait capable de
renverser des montagnes ne doit plus seulement rétablir la
paix dans son royaume, mais il doit surtout chasser ses
démons intérieurs pour empêcher son
côté obscur de prendre le dessus. Pas étonnant,
après toutes ces vaines batailles, de constater que le
prince s'est malgré lui laissé envahir par des
sentiments peu louables. Sa fierté s'est muée en
égoïsme, son courage en une soif de sang inextinguible,
et ses nobles valeurs ont été perverties par ses plus
vils désirs. Une mutation morale mais aussi physique, qui se
traduit par l'apparition d'un tatouage maléfique qui
s'étend progressivement sur la surface de son corps. Plus
terrible encore, le prince sait qu'il peut à tout moment se
laisser dominer par son ego corrompu et se transformer en une forme
torturée qui le détruit de l'intérieur. A
l'image de cet homme qui subit avec une angoisse constante le
risque de sombrer dans cet état diabolique, le joueur
lui-aussi doit faire face au stress perpétuel de voir son
personnage subir cette transformation qui le
dépossède de son fluide vital à une vitesse
affolante. Dès lors, on se laisse vite gagner par la
panique, la menace du compte à rebours mortel nous obligeant
à prendre des risques inconsidérés en
fonçant éperdument dans des environnements inconnus
bourrés de pièges. On meurt encore plus souvent
qu'à l'accoutumée, mais la fréquence des
checkpoints évite de recommencer de manière
inconsidérée.

C'est dans ce genre de situations que
les sables sont très utiles.
A l'instar des aventures passées, la quête du
prince prend rapidement des allures de véritable parcours du
combattant où l'on doit mettre à contribution chacun
des talents du héros pour surmonter des embûches
souvent fatales. Le level design est à ce point tortueux que
le jeu tourne vite à une simulation d'acrobaties
incroyables, avec une prédilection assumée pour les
combats sanglants. Le prince gagne une palette de mouvements
étoffée et est maintenant capable de planter sa dague
dans des prises murales pour s'élancer dans les airs, ou
encore d'effectuer un grand écart pour se hisser entre deux
parois. Le nombre de combos possibles a été
également revu à la hausse pour rendre les
affrontements encore plus libres et violents. Se battre avec une
arme dans chaque main offre des techniques d'attaques implacables,
et on ne se fait pas prier pour s'emparer sauvagement des sabres,
des haches et autres massues abandonnés sur les corps
inertes des gardes. Les mouvements possibles diffèrent bien
évidemment selon que l'on contrôle le prince ou son
double maléfique, ce dernier pouvant utiliser une
chaîne-fouet pour la faire tournoyer violemment au-dessus de
sa tête. Une arme qui peut aussi être lancée en
plein saut lorsqu'on veut s'accrocher sur certaines prises.

La furtivité est toujours
récompensée.
En termes de combats, Rival Swords conserve et enrichit toutes
les idées introduites dans l'Ame du Guerrier, mais là
où il se démarque considérablement, c'est par
l'intermédiaire des "speed kills". Concrètement, on
peut désormais s'infiltrer sournoisement dans le dos des
ennemis pour les poignarder par derrière dans un balai
mortel somptueux. Ce simple fait suffit à rajouter une
dimension spectaculaire hallucinante lors de certaines
scènes où l'on peut parfois poursuivre son
enchaînement fatal si le contexte s'y prête. L'aspect
furtif qui était à peine esquissé dans l'Ame
du Guerrier s'avère ainsi autrement plus palpable et incite
le joueur à évoluer discrètement lorsqu'il le
peut pour surprendre ses adversaires. Il suffit alors de respecter
le timing requis pour mettre à mort sa proie, sachant que la
moindre erreur réduira à néant toute tentative
d'assassinat. Bien sûr, la chorégraphie
réalisée par le prince se renouvelle à chaque
fois que le contexte change. Il pourra par exemple se laisser
doucement glisser le long d'une chaîne, la tête en bas,
avant de sauter sauvagement sur l'ennemi pour le poignarder,
là où son alter ego lancera sa chaîne-fouet
pour l'étrangler sans bouger. Un système qui
révèle tout son intérêt lors des combats
contre les boss qui donnent lieu à des scènes
d'anthologie qui se mettent en place au fur et à mesure
qu'on prolonge la danse mortelle, ce qui rappelle immanquablement
God of War. Le combat contre le géant de l'arène est
à ce titre phénoménal.

Superbe pirouette
Bielman.
Après quelques heures de jeu, le joueur commence à
entrevoir le vrai potentiel de cette aventure sans commune mesure
avec celles des deux premiers opus. Entre le combat contre le titan
du colisée, les phases oppressantes avec le Dark Prince et
la course de char dans les rues de Babylone, l'action
s'enchaîne à un rythme effréné. Le jeu
comporte en effet des phases inédites durant lesquelles le
prince se prend pour Ben Hur dans des poursuites éperdues
aux commandes d'un char lancé à pleine vitesse. Le
soft ne nous épargne d'ailleurs pas les plans de folie
permettant d'accentuer la dimension héroïque de ces
scènes où la moindre hésitation entraîne
une chute mortelle. Sachez que, tout comme dans les autres phases
de jeu, la possibilité d'utiliser le retour arrière
des sables du temps est activée, ce qui n'est pas du luxe
compte tenu des prouesses qu'il faut réaliser pour en voir
le bout. Les environnements de ce troisième volet se
prêtent d'ailleurs merveilleusement à ces courses qui
nous permettent de faire un détour dans la cité basse
de Babylone, entre deux visites de palais royaux.

Les fameuses courses de char,
façon péplum.
Après s'être éloignés du contexte
purement oriental dans le second volet, les développeurs
sont donc revenus à un background beaucoup plus
séduisant et beaucoup plus caractéristique de la
série. Tous les éléments propres à
renforcer l'ambiance, autant sonore que visuelle, nous renvoient
à des consonances tout droit venues d'orient. Les palais
richement décorés traduisent un luxe et un gigantisme
étourdissants, et contrastent d'autant plus avec la
pauvreté des ruelles poussiéreuses où l'on
peut voir les gardes maltraiter les miséreux. De la
même façon, la sensation de liberté que l'on
ressent en évoluant sur les toits rend d'autant plus
étouffante la progression dans les tunnels et autres lieux
clos. On s'extasie beaucoup plus que par le passé durant ce
voyage qui nous emmène des jardins suspendus de Babylone
jusqu'aux hauteurs de la tour de Babel. Comme toujours,
l'atmosphère sonore favorise considérablement la
plongée dans cet univers au moyen de thèmes
réellement immersifs. On est loin des musiques explosives et
brutales du second volet qui se démarquait par une
sauvagerie et une agressivité évincées ici au
profit d'une atmosphère plus calme. La progression est
constamment ponctuée de répliques émanant de
personnages clés qui nous en disent plus sur les motivations
du prince. Tout juste pourra-t-on reprocher les lacunes du dosage
sonore qui étouffe considérablement les voix, surtout
durant les cinématiques. L'histoire n'en est pas moins
prenante et s'apprécie surtout si l'on connaît celle
des précédents volets, dans la mesure où on y
retrouve des figures emblématiques telle Farah qui recherche
l'absolution pour n'avoir pas pu sauver son peuple.

L'entité démoniaque du
prince aime torturer ses victimes.
En passant sur Wii, le soft gagne un tout nouveau système
de contrôles qui parvient à mettre en exergue le
gameplay monstrueusement jouissif de cet épisode. Le Nunchuk
et la Wiimote sont utilisés de la meilleure façon
possible pour que le joueur se sente encore plus impliqué
dans la sauvagerie des batailles et l'élégance des
acrobaties. Etonnamment intuitives, les manipulations requises
s'assimilent sans aucun effort particulier. La gestion des
caméras associée à la croix directionnelle est
parfaite, à condition, pour éviter tout
désagrément, de désactiver les changements de
vue affectés par défaut aux rotations de la
télécommande. A partir de là, on se rend
compte que le titre impressionne et subjugue autant que sous sa
forme première dans Les Deux Royaumes, et surtout qu'il n'a
vraiment rien perdu de sa superbe.
Romendil, le 06 avril 2007

Graphismes 17/20
|
D'une qualité équivalente aux Deux Royaumes sur
GameCube, la réalisation est toujours aussi convaincante et
envoûtante. La majesté des environnements assure une
plongée immédiate dans cet univers oriental
réalisé de façon admirable. L'opposition entre
la cité haute et la cité basse renouvelle
parfaitement les décors et l'atmosphère qui en
émane, et les animations comptent toujours parmi ce qui se
fait de mieux à l'heure actuelle.
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Jouabilité
18/20
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En terme de gameplay, Rival Swords peut compter sur un grand
nombre d'atouts qui rendent l'expérience de jeu palpitante.
Irréprochable, le maniement avec le Nunchuk et la Wiimote
rend le tout plus immersif que jamais. Le pouvoir des sables du
temps, les acrobaties, les combats hérités de l'Ame
du Guerrier, mais surtout les exécutions sournoises rendent
l'aventure inoubliable, sans oublier les courses de chars et les
affrontements dantesques contre les boss.
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Durée de vie
14/20
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Une durée de vie caractéristique de ce type de
jeux, ni trop longue, ni trop courte, mais suffisante pour avoir
envie d'aller jusqu'au bout sans ressentir la moindre lassitude. On
regrettera quand même l'absence d'un pourcentage de
progression, et le caractère moyennement intéressant
de la chasse aux bonus permettant de débloquer les galeries
d'images.
|
Bande son 17/20
|
L'atmosphère sonore n'a plus rien à voir avec
celle du précédent volet qui avait pu choquer par son
agressivité. Les musiques conviennent beaucoup mieux
à l'ambiance du jeu, même si les voix sont
généralement étouffées, notamment
durant les cinématiques.
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Scénario
16/20
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Plus encore que par le passé, on s'attache à ce
guerrier valeureux qui a cru pouvoir défier le destin et qui
en subit maintenant les conséquences. Les personnages
secondaires sont peu nombreux mais ils ont tous une histoire qui
mérite d'être racontée et entendue.
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Note
Générale 18/20
Parce qu'il s'agit sans aucun doute de l'un des meilleurs jeux
sortis ces dernières années, Rival Swords est un
achat obligatoire pour tous ceux qui seraient passé à
côté de Prince of Persia : Les Deux Royaumes. Les
autres n'y trouveront certes pas grand-chose de nouveau, mais le
maniement à la Wiimote et au Nunchuk est tellement intuitif
qu'on prend un plaisir évident à revivre le destin
fascinant de ce prince de Perse maudit. Même si on peut
regretter de ne pas avoir affaire à un épisode
inédit, la note devait refléter avant tout la
qualité indéniable du soft.
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